Appel à producteur 10 novembre, 2007
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Je recherche un producteur d'émission sur ARTE qui serait intéressé par une mini-série sur l'opération T4 avec Michel Vitold dans le rôle du Dr Karl Brandt.
Et Mme Marie Humbert dans le rôle d'Irgmard Huber.

Le visage de la révolution 22 octobre, 2007
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Je recherche un industriel pour fabriquer en série une nouvelle gamme de Tee-Shirt à l'effigie du Che.
Sebald, Beyle et Kafka 29 septembre, 2007
Posté par mosmaiorum dans : Littérature , ajouter un commentaireW. G. Sebald décrit dans “Vertiges” quelques moments choisis dans la vie de Stendhal : le passage du Grand-Saint-Bernard en mai 1800 avec l'armée de Marmont, sa découverte de la musique de Cimarosa au théâtre de d'Ivrea, son affectation au 6ème régiment de Dragons. Parmi ces courts aperçus, il en est un, étrange et qui mêle réalités, fiction littéraire et citations.

Sebald rapporte que dans “De l'Amour”, Stendhal prétend avoir fait au départ de Bologne un voyage vers le Lac de Garde en compagnie d'une certaine Mme Gherardi, personnage mystérieux voire fantomatique.
Arrivés sur les bords du lac, les deux voyageurs prirent un bateau qui les conduisit au port de Riva “où deux garçonnets assis sur le quai jouaient déjà aux dés. Beyle attira l'attention de Mme Gherardi sur une vieille et lourde embarcation dont les voiles brun-jaune pendaient au grand mât cassé dans son tiers supérieur ; elle avait apparemment accosté depuis peu et en descendaient maintenant deux hommes en redingote foncée à boutons d'argent portant à terre une civière où, sous un grand châle à franges et motif floral, était visiblement allongée une forme humaine. Mme Gherardi fut si desagréablement impressionnée par cette scène qu'elle insista pour quitter Riva sans retard”.
Ceux qui ont eu la chance de ne pas appartenir à la génération porno-sentimentale mitterrandienne et qui sont passés au travers de la réforme Jospin de 89, auront reconnu dans la scène des enfants et du corps qu'on débarque du bateau, une claire allusion au “Chasseur Gracchus” de Kafka. Un de ses rares récits lumineux, coloré et paien et qui pour une fois ne donne pas le sentiment de se dérouler dans l'atmosphère poisseuse d'un Shtetl de Biélorusses consanguins.
Sebald cite Stendhal qui semble citer Kafka qui cite lui-même la légende du Hollandais volant.
Quelques lignes plus loin, Sebald décrit Stendhal offrant à Mme Gherardi la fameuse petite branche recouverte de cristaux de sels dont il tirera sa théorie de la cristallisation amoureuse que connaissait tout élève de première moyennement cultivé d'avant 1980.
Ainsi cette petite branche cristallisée devient elle-même comme le symbole et l'aboutissement de tout ce récit qui rassemble et combine en lui-même des réfèrences littéraires qui jouent entre elles et se répondent comme la lumière entre les cristaux.
Et Mme Gherardi la parfaite image de cette génération de crétins qui ne reconnaissent plus rien.
Léopardi et la préférence nationale 8 septembre, 2007
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Lorsque je feuillette la table des auteurs cités dans un journal intime (prenons celui de Renaud Camus par exemple), je cherche si le nom de Leopardi y apparaît. Dans l'affirmative j'achète l'ouvrage.
Leopardi a touché du doigt ce que pouvait être l'esprit des anciens Grecs et Romains. Il distingue par exemple le malheur moderne collectif et irrémédiable du malheur chez les Anciens, individuel et résultant toujours d'une faute commise par celui qui en est touché.
Malheur désespéré des Anciens pour qui ce malheur pouvait être évité ; malheur qui peut trouver chez les modernes une consolation philosophique de par son universalité même.
Leopardi tellement actuel en cette époque de dictature de l'amour universel. Ainsi page 127 de l'édition Allia du Zibaldone :
“Voici un autre trait fort curieux de la philosophie moderne. Cette dame a traité le patriotisme d'illusion : elle a voulu que le monde entier fût une seule patrie et que l'amour pour l'humanité fût universel : projet contre nature, qui ne peut avoir aucun effet bénéfique, aucune grandeur, etc.
C'est l'amour de la communauté, et non l'amour des hommes, qui a toujours fait naître de grandes actions ; pour des esprits étroits, il arrive fréquemment que la patrie, ayant un corps trop vaste, n'ait aucun effet sur eux, et ils se choisissent d'autres corps, comme les sectes, les ordres, les villes, les provinces, etc.
Voilà pourquoi l'amour de la patrie a effectivement disparu. Aussi tous les individus n'ayant pu se reconnaître en une seule patrie, les patries ont toutes fini par se diviser en autant d'individus ; l'union universelle qu'avait exaltée cette fameuse philosophie s'est transformée en une véritable séparation des individus”
Dans ces lignes écrites le 3 juillet 1820 au fond d'une des provinces les plus arriérées d'Italie, on trouve tous les maux qui ravagent la France d'aujourd'hui.
La dictature de l'amour universel qui nous impose d'aimer tous les hommes indistinctement et traite de raciste celui qui préfère sa patrie au reste du monde.
Le repliement communautaire ou régionaliste des esprits étroits et des coeurs secs incapables de se hausser à l'amour de la patrie.
L'individualisme destructeur auquel les belles âmes humanistes qui font les lois et l'opinion nous ont conduits à force de stigmatiser l'amour de la France au bénéfice d'un impossible amour universel.
Dictature de la sincerité
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Paul Veyne dans “L'élégie érotique romaine” (Seuil collection Points essais) décrit ce genre littéraire comme un exercice gracieux et insincère sur le thème imposé de l'amour du poète pour une belle irrégulière. Il ne faut y chercher aucun élément biogaphique de la belle ou de son chevalier romain. Les coulis de mythologie galante qui noient le sujet témoignent assez du caractère artificiel des sentiments que le poète y chante prétendument.
Pessoa de son côté a multiplié les hétéronymes : Alberto Cairo, Roberto Reis, Alvaro de Campos…
Tibulle, Properce, Catulle, Ovide, Fernando Pessoa ont été de grands poètes et pour certains des génies.
Quoi de plus incompréhensible à nos comtemporains qui ne jugent de la valeur des choses que par le degré de sincérité de leur auteur?
Cette exigence de sincérité a même envahit la politique : qu'importe l'absence de programme pourvu que vous soyez vous-même et que vos paroles viennent du coeur.
Le succès de Mme Royal n'est pas dû à autre chose ; ses sottises, ses bourdes, son ignorance sont elles-mêmes une preuve de sa sincérité et loin d'affaiblir son image viennent encore la renforcer.
On veut bien d'un idiot pourvu qu'il soit sincère.
C'est pourtant bien méconnaître l'art qui tient aussi de l'artifice et la politique qui ne peut se passer de la dissimulation. Mais L'art et la politique sont tellement difficiles à comprendre ; on a donc trouvé le moyen de pouvoir en juger sans rien y connaître : la sincérité.
Notre belle jeunesse fille de l'Education nationale n'est plus capable d'un jugement un peu motivé sur une oeuvre d'art. Cette génération porno-sentimentale n'est capable que de juger toute chose en bien ou en mal, c'est à dire de ne pas juger du tout. Une belle oeuvre sera celle où l'auteur a exprimé sincèrement ses sentiments.
Les parents ne savent plus à quel saint politique se vouer. Et puis l'économie, la poltique internationale c'est tellement compliqué. Un bon candidat sera donc celui qui mettra son coeur à nu et son cul sur la commode. Car un candidat sincère fera forcèment tout son possible pour nous sortir de là, sans nous tromper même s'il n'a pas grands moyens.
La petite bourgeoisie inculte qui règne sur notre époque a les naïvetés d'une catin au grand coeur. Il suffit au premier gigolo venu de lui jurer qu'il l'aime pour qu'elle lui ouvre son lit et lui offre ses économies.
Le Christ mort sans la grâce efficace
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Afin que Jésus vive totalement sa condition d'homme, il fallait qu'il en connaisse le pire. Il est donc mort dans les souffrances de la croix.
Certe mais cette souffrance physique est-elle vraiment ce qu'on peut imaginer de pire dans la condition humaine? Il existe en effet des souffrances encore plus terribles. Le problème n'est pas là.
Jésus croit en son Père. Jésus pour les catholiques est le premier chrétien. Or que peut-il ya avoir de pire pour un chrétien au moment de mourir ? Quelle est la situation la plus terrible et le plus désespérée pour un croyant?
Le fond de la misère humaine pour un chrétien c'est de perdre la grâce. Et de perdre au moment où il s'apprête à venir devant son Créateur.
Pour toucher le fond de la condition humaine il fallait donc que Jésus perdît la grâce au moment même de sa mort.
Le “Père pourquoi m'as tu abandonné” n'est pas un reproche fait au Père de le laisser seul face à la mort et la souffrance. Cette crainte de la mort et de la douleur auraît quelque chose d'un peu mesquin.
Ces dernières paroles du Christ sur la croix ne signifient rien d'autre que la conscience ultime que la grâce lui a été refusée par son Père au dernier moment et ceci afin qu'il connaisse le pire de la condition humaine.
Jean-Paul Richter dans son “Discours du Christ mort” (”Ô Christ ! n’est-il point de Dieu ? – Il répondit : – Il n’en est point ?” traduction Mme de Staël) semble avoir tiré les extrêmes conséquences de cette perte.
Marque d’infamie
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Le tatouage fait rage chez les jeunes filles. Dans leur inculture crasse elles n'y voient rien d'autre qu'une façon de se décorer le corps plus douce que le perçage. Le doux frémissement de l'irrémédiable en plus.
Ces quelques ligne de Ceronetti leur sont dédiées :
“Parmi les putains, à l'époque napoléonienne, le tatouage était en grande vogue. Elle portaient tatoué sur la bras le nom de l'homme qui les exploitait, sur le ventre, celui de la femme préférée. Aux moralistes qui s'efforcaient d'abolir l'esclavage voilà la réponse intrépide d'esclaves irréductibles”.
Il est plaisant de constater que nos jeunes marquées sont les filles et petites-filles des enragées du féminisme.
Droit au pardessus ou Culte de l’Etre suprême
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Le prix élevé des vêtements, le nombre de mois qu'il faut économiser pour s'acheter un pardessus, les hésitations devant cet investissement, sont des thèmes de réflexion qui ponctuent le “Journal littéraire” de Léautaud surtout après 1918.
Dans la nouvelle de Gogol, c'est l'achat d'un manteau qui “pourrit” la vie du pauvre Akaki Akakiévitch Bachmatchkine, ”conseiller titulaire d'un certain ministère”.
Beaucoup plus loin de nous le citoyen de la “plebs sordida” s'habillait de vêtements d'occasion faits de pièces et de morceaux cousus ensemble. Paul Veyne (”La société romaine” éd. Seuil coll. Point histoire, 2001) nous rapelle que les vêtements neufs étaient pour les riches et ceux de la majorité pauvre de la population étaient achetés d'occasion chez un des “centonarii” de l'époque.
Ces préocupations nous semblent dépassées.
Quoique le retour des marchands de “frippes” soit un signe de la paupérisation des plus pauvres, victimes de la “Mondialisation” selon la forte parole de Matthieu XXV-29 : “ Car on donnera à tous ceux qui ont déjà, et ils seront comblés de biens ; mais pour celui qui n'a point, on lui ôtera même ce qu'il semble avoir”.
La préoccupation des Français pauvres (et de ceux en voie de l'être - Francais et/ou pauvres) porte sur le logement.
Il s'est trouvé alors de bonne âmes humaniste et revendicatives pour inventer un droit au logement et entamer des actions pour le faire reconnaître.
Ce recours hargneux au Droit prend une autre forme que Ph. Murray appelait “l'envie du pénal” : l'appel au Juge comme on en appelait au Tribun de la plèbe sur la République romaine.
Deux faces de cette mauvaise monnaie qui a cours aujourd'hui en France : la judiciarisation des relations. Mauvaise monnaie qui a chassé la bonne : la courtoisie ou l'in-nocence comme dirait Renaud Camus.
Bref, ce droit à avoir un logement est très vite devenu le droit de prendre possession et d'occuper la propriété d'autrui (sans proposer en contrepartie le paiement d'un loyer) puis est en passe de devenir le droit de ne pas payer son loyer du tout.
Parallèlement le Gouvernement se voit intimer l'ordre de trouver une solution à ce problème et de débloquer en attendant, plusieurs millions d'euros.
Et la République, bonne fille de s'exécuter.
Ni le citoyen romain, ni le pauvre fonctionnaire moscovite, ni même Léautaud n'auraient osé exiger de l'Empereur, au Tsar ou à Monsieur Poincaré, un droit au vêtement.
A quel moment est-on passé du citoyen ou du sujet à l'allocataire et au créancier?
Selon moi en deux étapes.
La première est bien connue : la Révolution a promis le bonheur au Peuple. Mais elle l'a promis au peuple en général et pas aux individus en particuliers.
Pour ceux qu'elle ne pouvait satisfaire, Robespierre proposait le Culte de l'Etre suprême. Hélas cette excellente idée peu coûteuse pour l'Etat n'a pas eu le temps de prendre.
La seconde étape intervient au lendemain de la querre de 14-18.
Sous la pression des associations d'Anciens Combattant, les gouvernements ont admis l'existence d'un “droit à réparation” né des souffrances qu'avaient subies les soldats.
Ces forces de pression sont devenues des sortes de créanciers moraux et financiers d'un Etat qui n'avait pas cessé de promettre que les “Boches paieraient”.
La revendication victimaire et individuelle à un droit à indemnisation est née de là.
Le gouvernement ne devait pas seulement faire le bonheur du Peuple en général quitte à sacrifier certains intérêts particuliers ; il devait faire le bonheur de chaque individu en particulier et n'oublier personne.
Et la République bonne fille de s'exécuter.
La suite n'a été qu'une litanie de droits particuliers exigés et obtenus sous la pressions (ou pas) des syndicats, associations de défense, ligues contre et mouvements pour.
Entre temps on avait fait l'économie de la contrepartie justifiant le droit exigé. Il n'était plus necessaire d'avoir souffert pour revendiquer. Ils suffisait d'appartenir aux souffrants patentés, historiques et institutionnalisés : le prolétaire bientôt supplanté par l'immigré légal lui-même chassé par le clandestin.
Parmi les droits acquis de cette manière citons :
- les congés payés et les 39 heures,
- la sécurité sociale,
- le regroupement familial.
Arrêtons-nous y un instant. Les bons sentiments étant passés en principe de gouvernement, l'Etat trouvait crue et frustrant que les travailleurs immigrés restassent loin de leur famille. Ils avaient eux aussi droit au bonheur. On a donc fait venir leur famille Et on a ainsi transformé une immigration de travail en une immigration de peuplement.
30 ans plus tard ce sont les petits-enfants des ces familles rendues heureuses grâces au regroupement familial qui incendient les bus. On a créée un malheur national en ayant voulu assurer des bonheur particuliers.
- les 35 heures
- et aujourd'hui le droit au logement.
Le processus d'extension des droits est irréversible.
Sauf à attendre la faillite de l'Etat et sa reconstruction sur son seul domaine régalien en y ajoutant le Culte de l'Etre suprême…
Alain Madelin, plénipotentiaire général pour l’emploi de la main-d’oeuvre
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Ce qu'il y a de bien avec les idéologues c'est qu'ils sont sans surprise. Les conséquences de leurs présuposés s'écoulent majestueusement tel l'Amazone traversant les forêts du Brésil sous le regard blasé des macaques.
Alain Madelin, invité il y quelques mois sur LCI, déclarait être pour la régularisation massive des immigrés clandestins. Le journaliste faisait semblant de prendre ces déclarations d'un membre de l'UMP pour le comble de l'audace.
L'immigration clandestine (ou pas) permet de répondre à l'offre d'emplois pénibles qui sans elle n'auraient été pourvus qu'au prix d'une augmentation du coût du travail.
L'Etat pressé par le CNPF (le Médef de l'époque) inquiet de voir les lois du sacro-sain marché jouer cette fois-ci en faveur des salariés a donc ouvert bien grandes les frontières au Lumpenprolétariat étranger et à aux familles.
M. Madelin comme tout bon libéral ne peut donc qu'être en faveur des régularisations massives.
M. Madelin comme tout bon libéral français ne peut donc qu'encourager l'Etat à rétablir l'équilibre du marché au niveau de salaire le plus bas possible.
En fait M. Madelin n'est ni libéral, ni Français.
Tchouang-tseu président d’honneur du MRAP
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Le catéchisme de l'unité du genre humain, la propagande du métissage, les diktats des droits-de-l'homme sont comme la Raison selon Pascal : ces beaux principes corrompus ont tout corrompu.
Tous les bons esprit n'en meurent pas mais tous en sont frappés. Les meilleurs aussi, quand bien même leurs chères études seraient à mille lieux de l'ojet social des associations officielles pour la promotion du Bien.
Je lisais dernièrement les “Etudes sur Tchouang-tseu” de François Billeter (Ed. Allia 2006).
Je sentais bien qu'une certaine fadeur un peu écoeurante m'emplissait la bouche au fur et à mesure de cette lecture. Une impression de déjà lu, déjà vu, déjà écouté, une sorte de bain tiède dans lequel on baigne sitôt qu'on allume la radio, ouvre la télévision ou lit le journal.
J'ai décortiqué alors le chapitre 2 consacré au “Non-pouvoir et non-vouloir” et je pense avoir reconnu d'où provenait cet insupportable sensation de familiarité.
M. Billeter débute son étude avec le récit bien connu de la visite des émissaires du roi de Tch'ou à notre philosophe. La réponse que reçoit leur demande de service (la tortue morte et conservée par le roi était plus heureuse de traîner sa queue dans la boue) est caractéristique de l'attitude de Tchouang-tseu vis-à-vis du pouvoir.
Le commentateur cite alors d'autres extraits de l'ouvrage et arrive à la conclusion assez peu contestable que Tchouang-tseu s'est tenu à l'écart du pouvoir et qu'il a payé par la pauvreté son refus de servir les puissants.
Il termine néanmoins cette première partie de l'analyse par le récit du Crâne où l'on voit une tête de mort décrire les délices de son état sans “princes au-dessus, ni sujets au-dessous, ni travaux des saisons”. M. Billeter en conclut que “les relations de pouvoir sont partout dans ce monde-ci, que la domination des uns sur les autres y est une loi générale, à laquelle nul ne peut se soustraire”.
A ce stade de la lecture, l'interprète se met donc à chantonner un air familier.
La critique de la domination de l'homme sur l'homme selon Tchouang-tseu, lu par M. Billeter, conduit naturellement à la notion d'égalité chez notre philosophe.
Le commentateur alors prend pour prétexte à cette nouvelle analyse le dialogue entre le Premier ministre de Tcheng et Chen-t'ou Tsia l'infirme, tous deux disciples du même sage.
M. Billeter voit dans cette anecdote un éloge de l'égalité. Mais conscient de forcer un peu trop le ton, notre humaniste prend soin de préciser : “passée la porte du maître (…) l'homme d'Etat et le proscrit sont des égaux. Le mot “égaux” n'est pas dans le texte, il ne fait pas partie du vocabulaire de Tchouang-tseu, mais l'idée est là”.
Pauvre lecteur non-sinologue qui ne saura jamais quel était le mot traduit par “égaux”. Mais puisque le traducteur nous dit que l'idée y ait, il faut lui faire confiance. Confiance qu'on peine un peu à lui accorder après qu'il nous eut avoué avoir suprimé deux phrases (qu'il traduit en bas de page) “diificiles à comprendre pour le lecteur français et qui n'ajoutent rien au texte”.
Mais M. Billeter est là qui pense pour nous et qui pense bien et droit.
Le lecteur prendra donc pour agent comptant cette image d'un Tchouang-tseu partisan de l'égalité à moins d'aller lire ailleurs une traduction un peu moins orientée. Comme celle de la Pléiade d'où il ressort assez clairement que la critique de Chen-t'ou Tsia l'infirme porte moins sur l'inégalité des conditions mise en avant par son condisciple que sur l'injustice du reproche qu'il lui fait d'être infirme. Un lecteur occidental pourra rapprocher cette petite histoire de la pensée de Pascal sur les boiteux et esprits boiteux.
Une fois le pas franchi plus rien n'arrêtera M. Billeter dans sa volonté d'enrôler Tchouang-tseu dans l'armée du Bien.
Qu'on se rassure, M.Billeter n'aura pas la maladresse de faire de Tchouang-tesu un partageux, un rouge, un ségoliste. Il prendra soin de préciser en quoi consiste cette égalité dont le philosophe est un apôtre. Ce sera l'occasion pour M. Billeter d'entonner le Te Deum du multiculturalisme, de l'ouverture à l'autre, de l'éloge de l'étranger et même du métissage.
Ecoutons-le chanter :”Nous venons de découvrir dans ces dialogues une certaine idée de l'égalité. Ce n'est ni l'égalité grecque, ni celle de citoyens formant une communauté d'hommes libres, ni l'égalité judéo-chrétienne, celle d'êtres humains égaux devant un Dieu unique. Ils'agit d'une autre idée, qui résulte d'une loi présentée comme inhérente aux interactions entre subjectivités humaines, loi selon laquelle nous ne pouvons agir sur autrui, et donc vivre et collaborer avec lui, que si nous acceptons qu'il agisse également sur nous”. Amen.
Faire de la pensée du non-agir l'ancêtre du ”Touche pas mon pote”, il fallait oser.
Gageons qu'historien de l'Antiquité romaine, M. Billeter aurait vu dans le Trimalcion de Pétrone un plaidoyer contre la discrimination des affranchis qui furent une chance pour Rome, comme l'immigration est sensée l'être pour la France.




